Trop "Français" pour l'export ? Comment vendre votre souveraineté sans paraître arrogant

 

📌 Points Clés à Retenir :

 

  • L’origine comme preuve, pas comme promesse : Le « Made in France » doit rassurer sur la qualité technique, pas constituer l’unique argument de vente.
  • La nuance « Souveraineté » vs « Nationalisme » : Comment vendre l’autonomie stratégique à vos clients sans imposer votre propre culture d’entreprise.
  • Le piège de la schizophrénie de marque : Pourquoi adapter votre discours radicalement pour chaque pays dilue votre autorité mondiale.
  • L’atout « Non-Aligné » : Utiliser l’exception française (ITAR-free, autonomie) comme un levier de liberté pour vos clients étrangers.
  • Le rôle de la Gouvernance : Pourquoi la posture export se décide au CODIR, en redéfinissant la mission universelle de l’entreprise.

Le « Made in France » industriel est une arme à double tranchant. D’un côté, il est synonyme d’ingénierie d’élite et d’indépendance géopolitique (le fameux « ITAR-free »). De l’autre, il traîne un boulet historique : la perception d’une arrogance culturelle et d’une rigidité commerciale. Pour les ETI et fleurons de la BITD, l’équation est brutale : comment exporter votre excellence tricolore sans que votre drapeau ne devienne un repoussoir ? La réponse ne se trouve pas dans la traduction de vos brochures, mais dans la redéfinition de votre mission universelle.

Être un fleuron de l’industrie française est une fierté. Porter l’héritage de Colbert, de Dassault ou des grands corps d’ingénieurs confère une aura indéniable. Mais soyons lucides : passé nos frontières, cette aura scintille différemment.

 

Pour un prospect à Jakarta, Riyad ou Brasilia, votre drapeau tricolore raconte deux histoires contradictoires. L’une parle de fiabilité, de haute technologie et d’indépendance. L’autre murmure des histoires de rigidité, de leçons de morale implicites et d’un ethnocentrisme parfois étouffant.

 

C’est le paradoxe de l’image à l’export.

 

Si vous réalisez plus de 40 % de votre CA à l’international, ou si vous visez des marchés hors sphère OTAN, vous ressentez cette friction.

 

Vous savez que brandir le coq français est nécessaire pour justifier votre technicité, mais risqué pour la relation client. Comment sortir de cette impasse ?

 

En changeant de paradigme : la France ne doit plus être votre message, elle doit être votre caution.

 

Le Diagnostic : La schizophrénie du marketing export

 

Beaucoup d’industriels français naviguent à vue entre deux écueils majeurs lorsqu’ils s’adressent au marché mondial. C’est ce que nous appelons la « schizophrénie de l’exportateur ».

 

L’erreur du « Forteresse France »

 

C’est l’approche traditionnelle, souvent héritée d’une culture d’ingénieur très forte. L’entreprise pense que l’excellence technique se suffit à elle-même. Le discours est : « Nous sommes français, donc nous avons la meilleure technologie, achetez-la. »

 

Pourquoi ça ne marche plus :

 

Dans un monde multipolaire, la supériorité technique est un prérequis, pas un différenciateur émotionnel. Cette posture est perçue comme de l’arrogance. Pire, sur des marchés sensibles, insister lourdement sur l’origine nationale peut être vu comme un risque politique (protectionnisme, dépendance diplomatique).

 

L’erreur du Caméléon (Dilution de marque)

 

À l’inverse, pour ne pas froisser, certaines ETI tentent de s’effacer. Elles créent des filiales aux noms anglo-saxons, gomment toute référence à leurs racines et adoptent un « Global English » insipide.

 

Pourquoi c’est dangereux :

 

En voulant être de partout, vous n’êtes de nulle part. Vous perdez votre Premium Price Power. Pourquoi payer cher une technologie si elle semble générique ? Si vous enlevez la « French Touch » (rigueur, ingénierie, sécurité), vous vous retrouvez en concurrence frontale avec des acteurs low-cost asiatiques ou des géants américains standardisés.

 

Le constat est clair : Il ne faut ni cacher ses racines, ni les imposer. Il faut les sublimer au service du client.

 

 

Le Compas Stratégique : De l’Identité à l’Utilité

 

Pour résoudre ce paradoxe, il faut opérer un basculement mental au niveau de votre gouvernance. Il s’agit de transformer votre « Nationalité » (qui vous concerne vous) en « Valeur » (qui concerne votre client).

 

Le « Made in France » comme Reason to Believe (RTB)

 

En marketing stratégique, la structure d’une promesse forte est simple :

 

  1. La Promesse (Benefit) : Ce que le client gagne.

  2. La Preuve (Reason to Believe) : Pourquoi c’est crédible.

 

Trop d’entreprises mettent la France en Promesse. C’est une erreur.

 

La France doit être la Preuve.

 

Exemple concret dans la cybersécurité ou la défense :

 

Approche « Arrogante » (Centrée sur soi) Approche « Stratégique » (Centrée client)
Message : « Le leader français de la cybersécurité souveraine. » Message : « Garantissez votre souveraineté nationale grâce à une technologie indépendante. »
Sous-texte : Nous sommes les meilleurs car nous sommes français. Sous-texte : Nous comprenons votre besoin d’indépendance car nous venons d’un pays qui la chérit.
Rôle de l’origine : Finalité. Rôle de l’origine : Garantie de non-ingérence (ITAR-free).

 

La Souveraineté Partagée : Votre nouvel atout maître

 

C’est ici que l’argument devient percutant pour les marchés hors OTAN ou les pays non-alignés. L’industrie française a une carte unique à jouer face aux blocs américain et chinois : l’offre d’autonomie.

 

Au lieu de vendre « La technologie française », vendez « La capacité pour le client de maîtriser son destin ».

 

  • Votre origine française n’est plus une contrainte culturelle.

  • Elle devient la garantie juridique et technique qu’il n’y aura pas de « Backdoor » étrangère ou de blocage législatif (comme l’ITAR américain).

 

En positionnant votre marque sur cette mission universelle (l’autonomie du client), vous effacez l’arrogance. Vous ne dites plus « Regardez comme je suis fort », vous dites « Je vous donne les moyens d’être fort ».

 

Mise en œuvre : Construire une marque « Glocale » cohérente

 

Une fois cette philosophie adoptée, comment la décliner opérationnellement ?

 

Définir une « Mission Universelle » au CODIR

 

Avant de refaire le site web en anglais ou en arabe, le Comité de Direction doit valider une mission qui transcende les frontières.

 

  • Mauvaise mission : « Rayonner le savoir-faire français à l’étranger. »

  • Bonne mission : « Sécuriser les infrastructures critiques des nations émergentes. »

 

Cette mission servira de boussole. Elle permet de garder une cohérence de marque (Brand Consistency) tout en s’adaptant aux terrains locaux.

 

Le « Soft Power » par la preuve

 

L’excellence à la française (le goût du travail bien fait, la précision, l’esthétique industrielle) doit transpirer dans vos livrables, pas nécessairement dans vos slogans.

 

  • Design & UX : L’élégance et l’ergonomie sont des marqueurs culturels français appréciés. Utilisez-les pour vous distinguer des interfaces austères allemandes ou utilitaristes américaines.

  • Service & Formation : C’est souvent là que le bât blesse (la fameuse arrogance). Formez vos équipes export à l’écoute active et à l’humilité culturelle. Votre expertise technique ne vous donne pas raison sur les usages locaux.

 

L’Adaptation narrative (Storytelling)

 

Ne traduisez pas mot pour mot. Transposez les concepts.

 

  • En Allemagne, votre « Génie créatif français » doit devenir « Rigueur et innovation de rupture ».

  • Au Moyen-Orient, votre « Souveraineté » doit devenir « Partenariat de confiance sur le long terme et transfert de compétences ».

  • Aux USA, votre « Indépendance » doit devenir « Alternative performante et interopérabilité ».

 

Le cœur du réacteur (votre produit, vos valeurs) reste le même, mais l’angle d’attaque change.

 

Conclusion : L’export est un test de vérité pour votre identité

 

Vendre à l’international ne consiste pas à masquer qui vous êtes, ni à l’imposer de force. Le succès durable appartient aux marques capables d’opérer cette bascule subtile : utiliser leurs racines pour rassurer sur la compétence, tout en projetant une vision universelle qui inclut le client.

 

Votre « francité » est un actif immobilisé. Pour qu’elle devienne du cash-flow, elle doit être transformée en bénéfice client.

 

La Passerelle Stratégique : Tout commence par le Socle

 

Vous l’aurez compris, ce n’est pas (que) un problème de marketing. Si votre équipe commerciale export est perçue comme arrogante, ou si votre marque flotte dans un « no man’s land » identitaire, le problème vient souvent d’en haut.

 

C’est une question de Vision.

 

Est-ce que votre entreprise se définit par ce qu’elle est (Française, Ingénieure, Historique) ou par ce qu’elle permet (Sécurité, Progrès, Autonomie) ?

 

Chez Autour de l’Image, nous savons que ce glissement sémantique ne s’improvise pas sur un coin de table. Il nécessite de retravailler les fondamentaux de votre entreprise. C’est précisément l’objet de notre offre « Le Socle de Gouvernance ».

 

Nous vous aidons à aligner votre vision stratégique avec votre réalité opérationnelle pour construire une plateforme de marque qui voyage, convainc et fédère, de Paris à Singapour.

 

Votre marque est-elle prête pour l’international sans renier ses racines ? Ne laissez pas l’arrogance perçue freiner votre croissance.

 

A propos de l'auteur

Philippe Rigault

Philippe est le Président Fondateur d'Autour de l’Image. Après 15 ans en logistique (DHL) et cabinet de conseil en stratégie, il fonde l'agence en 2007 pour les PME et ETI. Son approche unique : il ne fait pas que de la communication ; il bâtit la croissance. Philippe transpose la rigueur opérationnelle de la logistique au service de la stratégie B2B. Il accompagne les dirigeants pour transformer leur vision en une machine de croissance rentable. Son objectif : garantir que le marketing (digital, content, marque) soit un investissement. Pour cela, il s'appuie sur la méthodologie du "Compas Stratégique" qu'il a développée au sein d'Autour de l'Image.

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